Heureux qui, comme Ulysse

« Heureux qui, comme Ulysse »

Introduction :

 

Joachim du Bellay, né en Anjou a acquis avec son ami Ronsard à Paris sous la férule de Dorat une culture littéraire humaniste des plus solides. En 1549 il publie le manifeste de la Pléiade : Défense et illustration de la langue française. Obligé en 1553 de partir pour Rome comme secrétaire de son oncle le cardinal du Bellay, le poète enthousiasmé par l’antiquité, ne s’attendait pas à devoir subir 4 années d’ennui, de dégout, voire de désespoir. Sa tâche ne l’intéresse pas, la vie romaine l’écœure. De retour, il publie é recueils célèbres : les Antiquités de Rome, mais surtout les regrets en 1557, 191 sonnets pour la plupart rédigés en Italie.

Nostalgie du pays natal, ennui de l’exil sont les thèmes majeurs de ce recueil lyrique, parfois satirique. Dans  les Antiquités de Rome c’est plutôt l’humaniste qui parle ; dans les regrets, c’est l’homme même qui nous émeut, notamment à travers le sonnet XXXI  « Heureux qui, comme Ulysse … »

 

[Lecture]

 

Méthode semi-linéaire

Plan du texte : celui-ci est bâti sur une antithèse générale

         I.      1er quatrain : le bonheur des autres voyageurs

       II.      2eme quatrain plus les é tercets : la nostalgie expliquée, du poète locuteur

 

 

 

        I.      Le 1er quatrain : le bonheur des autres voyageurs.

 

a)      Satisfaction apportée par le voyage :

 

Champ lexical très positif : heureux, beau voyage (= gd héroïque) conquis, pleins, est retourné.

DONC AVANTAGES du voyage

∙       L’appel de l’aventure, des exploits (2v)

∙       Le retour dans une patrie accueillante, retrouvailles familiales.

∙       Avec richesse, gloire (par la toison d’or) + l’expérience (souvenirs + maturités)

Le voyage peut alors apparait comme une joie, ou, s’il impose des épreuves, un sacrifice valable, une initiation qui apporte quelque chose d’essentiel, pour soi-même et pour prendre sa place dans la société (cf les romans d’apprentissages, les contes etc.) Il se justifie donc.

On remarque - que tous les termes positifs sont mis en valeur dans chaque vers par la place occupée.

-         Que le résultat positif est délibérément mis en valeur puis qu’il s’agit du premier mot du poème : « Heureux ». C’est but du poète, celui que lui n’a pas atteint

 

b)     En humaniste érudit,

 

En humaniste érudit, c’est à l’antiquité grecque qu’il se réfère par sa double comparaison : comme Ulysse (cf l’odyssée d’Homère comme + périphrase valorisante et explicative « cestui-là …. âge ! » = Jason, chef des Argonautes, qui conquit la toison d’or dans le Caucase puis retourna en Grèce.

-Remarquons que le poète ne semble pas vraiment tenir compte de tous les malheurs rencontrés par Ulysse au cours de son voyage qui dura 10 ans.

- De plus, c’est une traduction de la tournure latine « Félix », qui permet au pote de valoriser son juste désir d’être heureux. L’envie se traduit par cette construction + une seule phrase (avec amplification (Ulysse : ½ vers, Jason : 2 ½ vers)) EXCLAMATIVE : regret +désir.

 

      II.      Le cas personnel (2ème quatrain + é tercet)

 

∙       Les indices de première personne apparaissent (je, me, mon), LYRISME.

Les temps employés changent : on passe d’un présent de vérité générale implicite (Heureux est tout homme qui, comme Ulysse et Jason …) et du passé (voyageurs du passé) au futur dans le 2ème quatrain (« reverrai-je ») et un présent étendu (sorte de vérité personnelle) exprimant un goût durable (ex : « qui m’est une province … », «  plus me plaît »)

 

On peut distinguer deux phrases : 

A-     le 2eme quatrain : hâte de revoir la patrie et même p-é de ne plus le revoir du tout !

B-     Les deux tercets : expression d’une préférence (ou : justification subjective)

 

a)      le 2ème quatrain

 

Le locuteur (le poète) a pour idée fixe le retour.

®   Verbe revoir, en anaphore (vers 5 et 7)

®   Interjection qui vient s’intercaler comme un cri au beau milieu du … et qui exprime l’espoir amenuisé au fil des mois.

®   Structure de la phrase interrogative (là encore une seule phrase pour tout le quatrain) composée de 2 questions quasi-redondantes. « quand reverrai-je mon [pays] »?

                                                                    « En quelle saison --------- ma maison »

 

On a l’impression qui le locuteur ressasse et cherche à chaque instant à se remémorer ce qui est pour lui le bonheur : le passé son « home». Cela peut expliquer l’emploi d’un rythme amplifié par les enjambements (vers 5 à 6, 7 à 8). Il se laisse aller à la rêverie lyrique         cadence majeure («  de ma première maison » ½ vers

                                                  «  Qui …. D’avantage »  1 vers

IL s’agit manifestement d’une rêverie matricielle (désir de retourner à l’état initial où l’on était fœtus, heureux, protégé, au chaud)

        Désir d’intimité : petit village la cheminée (sq pour pluriel)  

                                    Ma maison

       De clôture, d’enfermement : le clos ; maison = province (=royaume) et même plus ! (hyperbole et gradation). Pour l’enfant, son microcosme vaut le macrocosme.

 

        De chaleur : fumer la cheminée ; du foyer (dans tous les termes)

 

D’ailleurs, le lyrisme matriciel, se confirme selon nous, par l’emploi de termes affectifs plus que descriptifs : petit village, ma pauvre maison (du Bellay appartient quand même à une illustre famille, ce n’est pas un serf !)

 

b)     les 2 tercets

 

Expression d’une préférence qui explique la nostalgie.

Cette préférence est très clairement exprimée par une construction comparative de supériorité mise en plus en valeur car elle fait anaphore

Plus me plaît + S ………………..……...A

Que … (=complément)…………………A             Chiasme

Plus que (complément) me plaît + S……BA

 

 

 

Plus _____________ S que (complément)          A B

Plus _____________ S que (complément)          A B         Chiasme

Et plus que (complément) +S                              B A

 

 

            Cette anaphore produit un effet d’accumulation, comme si les raisons de préférence de l’Anjou / Rome pouvaient se multiplier à l’infini.

            D’autre part, le poète a structuré ses proposition de sorte que son choix ( = l’Anjou) encadre toujours (chiasme) ce qui, lui, l’emprisonne pour l’instant = Rome. Ainsi, par la pensée et par la poésie le poète se libère de cette Rome qui l’étouffe.

 

Il faut faire une distinction entre les deux tercets qui pourtant se forment qu’une seule et longue phrase déclarative (comme si du Bellay voulait sortir d’un seul jet tout ce qu’il ressent)

En effet le premier tercet établit une comparaison entre Rome et l’Anjou, dans le domaine culturel de l’art et plus précisément  de l’architecture

-         le poète vient de parler de son village et de sa maison

-         Rome est célèbre pour ses superbes édifices datant de l’Antiquité (colisée etc.)

Tandis que dans le second tercet, il est plutôt question du pays même, la nature (géographie : fleuves, sites et climatologie) ; Le résultat n’en demeure pas moins le même : l’Anjou l’emporte (AR /ARRA)

 

  1. L’architecture

 

-         périphrase (v.9) là encore explicative : l’Anjou (ou même toute la France préféré car patrie = fruit des efforts des ancêtres

-         la « superbe » romaine est traduite par « palais », « audacieux » et la métaphore « front » (=façade d’un édifice). Rome st sublime, mais le souvenir de la puissance de son empire, un peu écrasant ! (audacieux : mis en valeur par la diérèse)

-         le marbre, normalement apprécié pour sa dureté (donc sa durabilité) se voit ici paradoxalement préférer un matériau plus humble, fragile, terne : l’ardoise (que produit l’Anjou pour les toitures). Les adjectifs qualificatifs choisis prennent une valeur péjorative, pour le marbre (« dur), méliorative ; (et quasi-psychologique pour l’ardoise : fine = douce au toucher, à l’œil, au cœur … raffinée. Les sonorités même du vers renforcent l’idée exprimée.

Ainsi, qu’il s’agisse de pays, bâtiments ou de matériaux (notez la gradation) l’Anjou es préférée à tout les niveaux.

 

  1. la nature

 

-         Les deux fleuves la Loire et le Tibre sont différent. Là encore l’adjonction d’adjectif qualificatif est explicative : la gaule l’emporte, même chez un humaniste fervent, sur le pays latin, comme si la guerre des gaules (titre d’un ouvrage de l’empereur César), recommençait

-         Le mont palatin est l’une des sept collines de Rome, le petite liré est le village natal du poète. Le premier est mondialement connu, le second n’est connu que depuis Du Bellay ! L’un semble tout petit l’autre, du haut de l’Histoire, surplombe ! (« mont »). Comme pour les deux fleuves dans le vers précédent, du Bellay emploie une opposition de déterminants : l’adjectif possessif «  mon » différent de l’article défini, « le » qui est assez claire, pour que le verbe plaire puisse être désormais sous-entendu.

-         Dans le dernier vers, ce sont les climats qui sont opposés = air marin pour Rome (à cause du port d’Ostie) air de l’Anjou (angevin).

On remarque  - que le poète procède, comme dans le tercet précédent par gradation décroissante du plus grand ou plus large au plus ténu.

Fleuve > site précis > air

                      Qu’il procède de plus en plus par ellipse : le verbe plaire avait disparu, devenu inutile. Le nom AIR disparait lui aussi pour ne laisser que sa qualité : la « douceur ». On pourrait  peut-être parler ici de métonymie suggestive.

      Ainsi, à m’air marin (qui peut nous ramener aux thèmes des grands voyages comme ceux d’Ulysse, Jason etc.), du Bellay poète-locuteur, préféré incontestablement sa terre. On peut enfin, rêver sur l’orthographe de l’adjectif final « angevin » qui rappelle « angélique » 

 

Analyse recopier par Ayse et Justine

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