Le neveu de Rameau

Diderot, Le neveu de Rameau

Diderot est l’un des philosophes du siècle des LUMIERES. Directeur de L’Encyclopédie, il fut aussi le créateur du « drame bourgeois » et auteur de romans aussi originaux que, par exemple, Jacques le fataliste et son maître.

                Il peut apparaître comme un champion du paradoxe et de l’amoralité.

                Le neveu de Rameau en est la preuve. Est-ce d’ailleurs, un roman ou une pantomime ? Genre hybride, il est un dialogue entre « lui » personnage réel, neveu du compositeur Rameau, et « moi », c’est-à-dire Diderot. En fait, l’auteur du dialogue est plus ou moins avec lui-même sur des sujets variés.

                Dans le passage étudié, c’est le neveu de Rameau qui parle. Il est question du pouvoir que confère l’or.

                De quelle manière s’y prend-il pour dénoncer la ploutocratie ?

LECTURE

Méthode synthétique → 3 axes exprimant les 3 niveaux argumentatifs du texte.

  1. Une leçon d’éducation adaptée au destinataire (père → fils)
  2. Une démonstration très…convaincue (du neveu au philosophe)
  3. Une dénonciation de la société très cynique (de l’auteur au lecteur)

 

  1. Une leçon bien adaptée ou, pour une nouvelle pédagogie

A)     Contenue de la leçon : l’argent fait le bonheur

 

B)     Méthode : adaptée à l’enfant

→Rejet de la pantomime : un vrai spectacle proposé à l’enfant, sorte de devinette (pas de parole) → effet d’imagination à partir du VISUEL, plus que du raisonnement, donc amusement.

Pas d’idées complexes car sinon trop difficile pour l’enfant (et trop difficile à mimer !)

Précision des gestes (cf. texte). Décomposition par « tableaux » pour que l’enfant fasse de lui-même la connexion logique simple effet/cause ou /conséquence (voir texte).

 

Le neveu fait appel aux instincts égoïstes et primaires de l’enfant.

-Désir de posséder : AVOIR (chaud, à manger → objets, nourriture) donc bien-être physique.

-Désir de puissance : ÊTRE ou PARRAÎTRE (plus riche que les autres…) cf. texte donc bien-être mental.

L’éduquer à agir comme soi : du mime au mimétisme – adoration de l’or.

 

 

 

 

 

 

  1. La démonstration du neveu, très convaincu !

Thèse. Il faut enseigner à son enfant, dans une société ploutocratique, que l’argent fait le bonheur.

A)     La fin justifie les moyens

Le but est moral (apparemment) : faire le bonheur de son enfant (cf. texte)

OR la société impose l’équation bonheur=argent (cf. texte)

DONC il faut conditionner l’argent.

Condition de réussite : « de bonne heure »

Rejet de la pédagogie ancienne, cette fois non pas à cause de sa forme, mais à cause de son contenu, trop idéaliste (les « belles maximes »). Le personnage lui-même se donne en exemple ou plutôt en contre-exemple de ce qu’il faut avoir appris. Il est la preuve vivante que la morale fabrique des « gueux ».

Champ lexical de l’instructeur (voir texte)

Insistances sur les articulations logiques, emploi du présent de répétition  pour montrer que la leçon est répétée plusieurs fois, hyperboles

Transcription par phrases courtes, de ses gestes (on peut imaginer qu’il accompagne de gestes, la parole)

La structure-même du texte est fort claire :

I-Constat

II-Conséquences

III-But

 

B)     L’enthousiasme du neveu

-affirmation de réussite inévitable : -Emploi du  futur

                                                                        -Formules catégoriques

                                                                        -Présent éthique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. La thèse de Diderot : la ploutocratie doit être dénoncée

A)     L’or est tout

Voir l’adoration du “veau d’or” dans la Bible.

Provocation de l’auteur: -anaphore avec le mot OR

                                                 -non délimitation temporelle claire du présent à la l.1 → vérité au XVIIIe siècle ? De toute façon, c’est scandaleux.

                                                                              -l’implicite « le reste »>rien. (Les qualités humaines par ex.)

-le ton quasi-blasphématoire, « la pièce sacrée », élevée, que l’on baise (cf. hostie !)

 

B)     Un personnage sympathique et bien qu’amoral ? (voire immoral !)

-pauvreté du neveu

-sa franchise, style naturel, « parlé » (cf. «farcir», «je me plante», «c’est moi qui le dis »), les parenthèses. Confidences humour. Phrases courtes, sauf quand il parle de l’éducation ancienne ! Il est pragmatique. Est-il logique ?

 

C)     La pique finale contre les Philosophes : humour ou cynisme ? (ou avertissement ?)

Sages= du côté de la morale

Champ lexical de la morale : maximes-sages-blâmez-absoudrons. En fait, les Philosophes commenceront ^par blâmez le père mais agiront comme les autres ! (allusion à Voltaire et son « sens des affaires » alors que lui ; Diderot, avait davantage de problèmes financiers ?)

Attitude hypocrite des Philosophes ? Pervertis eux aussi dans cette société corrompue ou devant apparemment rendre hommage aux riches et parvenus ? La formule finale (groupe binaire : »votre estime et votre respect ») laisse perplexe. Est-ce une redondance ?ou faut-il voir une nuance de sens, et une signification à l’ordre des mots ? Peut-être ! Car « estime »= respect réel que l’on ressent pour quelqu’un et « respect »= attitude déférente, (que l’on adapte face à l’autre MAIS) qui peut masquer en réalité le mépris le plus total !

Conclusion

Diderot dans ce texte très riche !, se montre à la hauteur de sa réputation d’homme complexe et paradoxal.

1>     La pédagogie proposée est passionnante par son adaptation  à l’enfant mais ne peut-elle, en supprimant totalement le discours, tourner au cours de dressage animal ?

2>     Il critique la fierté des riches et, plus largement, la faiblesse morale de la « multitude » qui n’applaudit que le succès et non, hélas !, la vertu.

Diderot= le neveu mais aussi « roi » !

Or Diderot était fils de coutelier, mariée à une lingère et désireux de doter sa fille Marie-Angélique→ problèmes financiers. On a donc un auteur pauvre, écrivant beaucoup… qu’il ne faut pas parler et gagner beaucoup d’argent !

Ce texte exprime-t-il la tentation-même de Diderot d’être corrompu par l’or ? Qui sait ??

 

Nous ne pouvons pas ne pas penser à Topaze de M. Pagnol(le vertueux instituteur devenant finalement un homme d’affaire cynique) ou à Balzac, notamment à son célèbre roman Le Père Goriot. Balzac n’a-t-il pas écrit : «L’argent est sang de la société » (et c’était au XIXe siècle→ guère plus de vertu !) Le texte de Diderot a très certainement inspiré un passage du P.G.. Enfin, notre passage, sur le plan de la critique d’une éducation trop verbeuse rappelle un extrait de L’Emile où Rousseau exprime qu’il faut être concret et pragmatique. « Je hais les discours. Ils n’apprennent qu’à faire des sots »(~)

 

Entretien : extrait de Père-Goriot

                « A l’instant où l’argent se glisse dans la poche d’un étudiant, il se dresse en lui-même une colonne fantastique sur laquelle il s‘appuie. Il marche mieux qu’auparavant(…) il a le regard plein, direct, il a les mouvements agiles(…) il est gai, généreux, expansif(…) le jeune homme qui fait mouvoir dans son gousset quelques fugitives pièces d’or déguste ses puissances… ».

 

rédiger par Morgane

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