Les Deux pigeons

 

« Les Deux pigeons »

 

INTRODUCTION.

 

         La Fontaine, poète classique du XVIIème siècle, est célèbre surtout pour les trois recueils de Fables qu’il fit successivement publier. La fable est une forme de l’apologue : récit bref, fictif, symbolique et plaisant, illustre une morale. A l’instar de ses prédécesseurs Esope, Phèdre…, c’est le plus souvent par le détour d’animaux personnifiés que La Fontaine dénonce les éternels défauts humains. Le second recueil, comprenant les Livres VIII à XI, fut publié en 1678. Dans le Livre IX, la fable 2, intitulée « Les deux pigeons », nous démontre que lorsqu’on aime et que l’on est aimé, il ne faut pas quitter l’autre, ni le sacrifier à des plaisirs égoïste tels que le voyage en solitaire.

 

LECTURE

 

Rappel de la problématique qui serait par exemple :

Quelle stratégie La Fontaine déploie-t-il pour nous convaincre et même nous persuader ?

 

Annonce du plan choisi pour répondre à la problématique.

         Nous étudierons tout d’abord, en suivant la méthode synthétique, le récit symbolique (I) puis la stratégie argumentative (II). Nous nous intéressons enfin à la richesse des registres dans ce poème.

 

I. Le récit symbolique (v.1 à v.64)= partie narrative du texte.

 

         Ce récit a une fonction symbolique car il n’est pas question de faits réels servant de « documentaire ».

 

         A.  Le voyage : du projet à l’accomplissement.

3 étapes :    1. Avant le voyage (1 à 30)

                   2. Les péripéties du pigeon voyageur (31 à 62)

                   3. De retour chez lui (63 à 64)

De façon + fine : 

- La situation initiale

- Le problème : le projet => la discussion (argumenta°) => résultat (les adieux)

- L’action : le voyage, puis le retour

- Enfin situation finale : équilibre retrouvé

Donc chronologie sans entorse : d’ailleurs les 4 péripéties du voyage (orage, lacs, vautour, enfants) se succèdent aussi.

 

         B.  L’emploi des temps du récit.

- L’imparfait : situation initiale, durée (et aussi d’ex° du lacs)

- Le passé simple : rupture, actions brèves et se succédant

- Le présent de narration (pendant le voyage)

 

         C.  Indices temporels lexicaux et grammaticaux.

1. « et voilà qui », « enfin », « quand », « pour ce coup »

2. Les groupes verbaux, nbes (= nombres, je pence) phrases minimales, proposition courtes, juxtaposées (ex-31-38-39-41-43-51)

 

         D.  Le protagoniste et le deutéragoniste.

Sont mise en scène dès le début (cf le titre et le début de la fable) 2 pigeons.

Leur fonction respective : sujet et opposant.

Pour le sujet (le voyageur) sont précisés à la fois le motif (« humeur inquiète ») et le mobile (« le désir de voir »)

Au début, ils ne sont pas distingués « ils » puis le sujet devient vite « notre imprudent voyageur », plus loin « notre malheureux » et « la volatile malheureuse ». On voit bien la fonction symbolique puisque dès le début, le suspens est plus ou moins annulé. Des plus il n’hésite qu’un instant (18 à 21) le même, on ne se demande pas ce qui va arriver de bon au pigeon mais la nature ou l’origine de chaque nouveau malheur.

«  Nos gens » (v.63) marque bien que le récit est à appliquer directement aux humains.

 

II. La stratégie argumentative.

 

         Toute fable est une démonstration. Le fabuliste doit convaincre le lecteur. La leçon ici est que le sentiment d’amour doit l’emporter sur le caprice égoïste (représenté par le voyage). Il existe 2 niveaux d’argumentation dans le texte :

 

         A.  Les deux pigeons.

Discours au style direct. Plan d’opposition.

1. Argumentation de l’opposant :

-culpabiliser l’autre

-lui ouvrir les yeux sur les dangers (=décourager)

-temporiser : saison, superposition (il tente la concession)

-rappel de tout ce qu’il n’aura pas (confort matériel) épicurisme

   Argumentation du sujet :

-voyage court (cf « 3jours au plus », « dans peu ») il atténue, rassure.

- il suscite la curiosité (« conter de point en point mes aventures »)

-faire plaisir à l’autre : indentification sans le danger encouru.

 

2. Les modalités employées par le sédentaire sont interrogatives et exclamatives (il utilise aussi les questions oratoire, emplois un rythme saccadé qui traduit le rejet et l’émotion v.12-13)

   L’autre moins affectif, utilise les modalités déclarative et impérative.

 

3. L’un et l’autre imaginent un discours futur mais le sédentaire imagine un monologue plein d’angoisse alors que le voyageur pense déjà à ce qu’il dira à son retour !

 

4. Le sédentaire n’emploie que des termes négatifs (absence, maux, travaux, dangers, soins [=soucis], malheur, funeste, Hélas !) à l’inverse du voyageur (satisfaite, désennuierai, plaisir).

 

5. Les 2 emploient des termes hyperboliques :

-le plus grands des maux, cruel, ne…plus que rencontre funeste, que…, que…

-3 jours au plus, dans peu, de point en point, plaisir extrême.

 

6. Chacun défend une vérité qu’il veut générale (qui en fait cache une vérité subjective)

-l’absence est le plus grande des maux.

-quiconque ne voit guère n’a guère à dire aussi.

Pas de 1er personne, pronom relatif indéfini, formules courte, présent gnomique.

 

         B.  Le narrateur/lecteur.

1. Le narrateur jour sur le rejet puis l’analogie : le lecteur ne veut d’abord pas ressembler au pigeon voyageur qui regrette son voyage (v.57). Il préfère ressembler au narrateur lui-même (cf la fin de la fable).

Donc on a d’abord un contre-exemple, puis un exemple à suivre.

 

2. En ce qui concerne le pigeon :

         a. Quelles leçons précises retirer des péripéties du voyageur ?

-Tout voyage compote des imprévus (exemple : l’orage)

-Il faut toujours se méfier des apparences (lacs)

-On n’a jamais de répit (v.52-53 vautour=> enfant)

Et il faut peut être se méfier le plus de ceux qui on l’air inoffensif (l’enfant)

         b. Le narrateur utilise donc aussi bien la logique (voyage d’où problèmes) que l’affectif.

Il critique l’oiseau par des termes péjoratifs (fou, imprudent) puis le plaint (cf maltraita, menteurs, et traitres appas, fripons d’enfant, sans pitié, tout morfondu).

Il utilise des adjectifs possessifs qui nous impliquent, nous lecteurs c’est-à-dire destinataires de la leçon, lorsqu’il dit « notre » ou « nos gens ».

 

3. En ce qui concerne la morale.

Didactisme clair dès le début (- par l’≠ simple des 2 pigeons, -que des épisodes funeste pendant le voyage)

Mais il faut distinguer :

-La morale à proprement parler = conseils aux amants

-L’exemple personnel prouvant le bien-fondé des conseils prodigués (v.69 à 76)

         a. La morale

Le narrateur apostrophe clairement le destinataire (v.65) ; jeux de question réponse (v.65-66) ; pas de présent gnomique (un peu froid vu le sujet : amour) ; mais un subjonctif d’injonction « que ce soit… » et des impératifs d’exhortation « soyez-vous », « tenez-vous », « comptez » ; ton péremptoire : antithèse « vous…tout/rien…le reste », hyperboles et anaphores : tjrs…, tjrs…, tjrs…

D’ailleurs, dès l’épilogue du voyage, il utilisait une antithèse claire : « …de combien de plaisirs ils payèrent leurs peines) et impliquait le lecteur « je laisse à juger »

         b. L’exemple personnel

Il fait en effet une rétrospectives, allusion à ses amours de jeunesse => emploi de la 1ère personne [ce qui est assez étonnant chez un auteur classique surtout dans le genre impersonnel de la fable].

Notons que le fabuliste utilise tout les moyens rhétoriques de persuasion.

-jeu sur les rythmes croissant/décroissant

« Amants, heureux amants » (<) « voulez-vous voyager ? » 2/4/6

« Que se soir aux rives prochaines » 8

12>8  réduction de l’alexandrin à l’octosyllabe=> conseil de ne pas aller loin :

- anaphore + terme affectif : amants, heureux amants

Ou mélioratifs : tjrs beau, tjrs divers, tjrs nouveau.

- métaphore : « rives prochaines »

 

III. Un poème à registre contrastés.

 

         A.  Humoristique : Le choix même du « pigeon » voyageur malheureux !

1. Le système de la fable superpose animal et homme=> glissements amusants exemple « trainant l’aile et tirant le pié », « de ses pieds, de son bec »  Comparaison : « semblait un forçat échappé »

Discours héroï-comique : animaux parlant en langage châtié.

 

2. La psychologie des deux héros 

-L’explicite et l’implicite

-Quelques jugements supplémentaires

         a. L’implicite :

Les deux pigeons s’appellent « mon frère » et s’aiment « d’amour tendre » => fraternité ? Mais la leçon s’applique aux amants. En fait les 2 pigeons forment un couple conjugal traditionnel ! Voyageur = homme ; sédentaire = femme.

         b. L’explicite :

Répartition des qualités et défauts « traditionnels »

- la femelle est sentimentale (67-68), superstitieuse (13), pessimiste (14-15) elle se préoccupe du confort matériel de son conjoint.

- le mâle est sentimental (18 à 21) très optimiste et un peu tête brulée, il a envie de rompre la monotonie de sa vie de couple (23-25-27), il recherche l’aventure et veut se valoriser cf « mon voyage dépeint ».

L’une materne et cherche à protéger (égoïsme et orgueil).

L’autre paterne et cherche à rassurer.

Quelques jugements que l’on peut faire :

- Le sédentaire a l’air altruiste et raisonnable. Mais n’est-il pas « cruel » en défendant à l’autre toute aspiration individuelle ?

- Le voyageur prête à son « amie » son propre état d’esprit : elle doit surement s’ennuyer un peu comme lui !... Ce n’est pas du tout le cas !

 

3. Les commentaires du narrateur

Exemple « (cet âge est sans pitié) »

 

         B. Le registre pathétique

-Lexique du chagrin :

Cf discours du pigeon sédentaire

Cf le départ dans les larmes

Cf les malheurs du pigeon

 

         C. Le registre lyrique

Valorisation de la 1ère personne du singulier

 

Remarque : Il arrive que pathétique et humour se rejoignent (cf la description du pigeon éclopé vue précédemment). La Fontaine s’apitoyant sur lui-même, lorsqu’il se remémore ses souvenirs galants fait sourire mais devient pathétique lorsqu’il revient à sa situation présente et à venir. Notons d’ailleurs le passage très suggestif du passé composé (passé proche « j’ai quelquefois aimé ») au passé simple (passé très éloigné !) « je servis »

On distinguera 2 phrases :

1. Le rappel du passé « magnifié » v.75

=> Anaphore, termes mélioratifs, hyperboles, métaphores, périphrases, style totalement précieux, galant.

 

2. (v.77=> fin) « l’âme inquiète » qui mêle regret du passé (« objets si doux et si charmants ») tristesse du présent et angoisse de l’avenir.

Le temps passe et, comme dira G. Apollinaire dans « Le Pont Mirabeau » (Alcools 1913) : « Ni temps passé ni les amours reviennent. »

 

CONCLUSION.

 

         « Les deux pigeons » est l’une des fables les plus typiques de l’auteur. Textes riche car narratif, argumentatif à plusieurs niveaux, il fait se succéder et parfois se superposer des registres très divers. C’est un texte enfin, qui traduit des attitudes et aspirations de l’éternel Humaine. Mais la leçon, cette fois, est-elle tout à fait objective ? Il est très rare que le poète en vienne à la confidence intime mais ses idées, son style, le moindre commentaire (« fripon d’enfant ») tout ne le traduit-il ou trahit-il pas déjà ? Ne peut-on rapprocher cette fable d’œuvres + récentes (XIXème), celles d’Alphonse Daudet quoique réaliste : Tartarin de Tarascon,  « La chèvre de M. Seguin » dans les Lettres de mon moulin ?

 

rédiger par Aurore

Commentaires (2)

1. Hugo 25/04/2012

Vraiment très mauvais, à ne pas utiliser !!

2. Naviss Etpmocia 25/06/2012

Merci Hugo !
Je suis à la recherche d'un plan pour ce texte (remplaçante prof de français incompétente toute l'année qui prenait ses plans sur le net et nous les donnait tels quels..), si quelqu'un a des sources ?

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