Phèdre - II,5(texte2)

TEXTE 2

 

Racine PHEDRE - Acte II, scène 5

Introduction :

 

Racine est un grand dramaturge classique (XVIIème s.) auteur de tragédies inspirées pour ma plupart de la mythologie grecque. Pour les classiques, la RAISON doit triompher : mais R, élevé chez les austères Jansénistes choisit, contrairement à Corneille, de le prouver négativement, par le tableau de passions destructrices.

            C’est le cas dans Phèdre (1677) où la femme du roi Thésée tombe amoureuse de son beau-fils Hippolyte. L’annonce de la mort de Thésée va entraîner Phèdre, jouant son rôle de reine veuve et de mère, à implorer l’aire d’Hippolyte rival politique pour son jeune fils (à elle). Mais bientôt le masque officiel glisse : envahie par la passion, elle semble confondre Hippolyte avec Thésée disparu. Nous expliquerons donc à la scène 5de l’acte II, la tirade de l’aveu de Phèdre : l’aveu encore déguisé.

 

[LECTURE]

 

Utilisant la méthode de synthétique, nous démontrerons que ce passage est onirique mais aussi érotique ; enfin, il s’agit d’une scène de transgression, typique de la « crainte » racinienne.

 

II- Un scène onirique (qui glisse vers le rêve, le fantasme)

 

  1. La structure
  • « Prince » cérémonieux
  • Puis glissement à partir du portrait de Thésée

-          Adj. Mélioratifs ‘mis en valeur par l’allitération en [f])

-          Thésée devient alors Hippolyte !

 

-          Confusion de Phèdre dans l’évocation de l’aventure des argonautes : c’était Jason !

-          La mort du Minotaure puis le rôle d’Ariane, avec le fils sauvant Thésée.

-          3ème phase : substitution de Phèdre à Ariane dans le labyrinthe.

 

  1. Les temps employés

Au présent succède le passé composé (« l’ont vu ») et l’imparfait descriptif (« il avait… »).

Avec la phase des exploits : passé simples (« il trouvera ») puis conditionnels passés à valeur d’irréel « par vous aurait péri… ». Phèdre émet un regret, elle reconstruit le passé !

3ème phase uniquement au conditionnel passé : Phèdre nage dans l’irréelle !

 

  1. La filiation _ substitution se voit clairement par le jeu des pronoms personnels et adj. Possessifs.

-          Je l’aime / tel que je vous → Comparaison= parallèle.

-          Thésée devient Hippolyte (par ressemblance physique) Il avait votre vos votre / son visage.

-          Hyppolyte devient Thésée : apostrophe « Que faisiez-vous ? » Hyppolyte / il ; vous / le.

-          Hyppolyte devient celui qui agit : par vous, votre main.

-          Phèdre devient Ariane : ma sœur → je l’aurais devancée et Phèdre à son tour devient celle qui agit : mise en relief avec le présentatif. C’est…qui encadrant roi et répété. Multiplication des vous et moi « moi-même devant vous » / « Phèdre avec vous ».

-          Les deux personnages sont donc unis dans l’exploit mais hélas dans un passé imaginaire.

 

II- Une scène érotique

 

Fantasme : rêve+désir physique réalisé)

 

1. Champ lexical de l’amour (donnez qqns thermes). On remarque que l’on retrouve ici les caractéristiques raciniennes de l’amour :           * né par le regard « je vous vois »

                                                                       * morbide (lié à des métaphores de maladie)

 

2. Les compliments : ma séduction par la parole.

  • les adj. Laudatifs déjà repérés. « Charmant » = qui envoûte → adjectif laudatif (valorisant) « fidèle, fièvre ».

Elle le compliment, sur son allure sa beauté mais aussi ses qualités morales présumées : fidélité, pudeur…

  • elle utilise une construction qui la trahit déjà : tel qu’on…nos dieux / tel que je vous vois

=vous êtes mon dieu à moi.

 

3. Le langage des gestes

« Cette noble pudeur… » (Elle avance sa main vers la joue d’Hippolyte non seulement il y a un rythme croissant traduisant un élan vers Hippolyte « mais fidèle ‡ mais fier / et même… » mais en plus elle emplois de nombreux verbes de mouvement (devancée , devant vous j’aurais voulu marcher, avec vous descendre) qu’elle mime peut être (+ou-) et traduisent de toute façon le désir AVEC Hippolyte.

 

4. Rejet de Thésée et du réel

Griefs ‘reproches) : terme péjoratif « volage » ; « déshonorer la couche » (en fait pour cette anecdote aux enfers, pour une fois Phèdre se trompe !)

Elle lui fait donc des reproches acceptables (Cf. l’infidélité) mais d’autres n’ayant aucun sens ! Cf. les interrogatives et « sans Hippolyte » : celui-ci était enfant !

 

III- une scène de transgression

 

1. Respect apparent

Au théâtre comme dans la société, une femme ne devait jamais avouer son amour à son homme ; si elle s’y résignait, il fallait observer 3étapes :

-          1) l’aveu à une confidente

-          2) celui fait avec honte à l’homme aimé

-          3) celui, pénible, fait à d’autres personnes.

On retrouve cette progression dans Phèdre : ‘à Oenone / à Hippolyte / à Thésée) mais…

 

2… dans le théâtre classique, la femme devait tenir un discours dénué de sensualité, et surtout de sexualité ! Or, elle parlait de son corps ! Chez Euripide, Phèdre n’avouait pas sa passion à Hippolyte ! Racine sait donc plutôt Sénèque chez qui paraît la force incontrôlable du désir de Phèdre.

 

3. Sadisme racinien

- Racine a fait en sorte que l’aveu de Phèdre suive la scène où Hippolyte et Aricie se sont avoué leur mutuel amour !! Hippolyte ne risque pas de s’intéresser à sa belle-mère même si celle-ci est sans doute beaucoup + jeune que Thésée !

- Phèdre s’humilie de la pudibonderie du pur voire puritain Hippolyte. En effet, horrifié, il se rouvre une première : « je vois de votre amour l’effet prodigieux » (lais il veut dire : votre amour pour Thésée) ; une deuxième fois : « j’accusais à tout un discours innocent » !!!

 

Conclusion

 

  • Le symbole final, le labyrinthe, c’est celui du Minotaure, lais aussi les méandres de l’âme humaine Phèdre n’est-elle pas, comme son demi-frère monstrueux, mi-humaine, mi-bête ? L’amour-passion qui transgenre les tabous humaines (ici l’inceste) est condamné par le jansénisme racinien. Pourtant, qu’il est dépeint avec forcé et poésie ! Les contemporains trouvaient cette partie « trop remplie d’amour, de fureur, et d’effronterie » !
  • « Retrouvée ou perdue » (avec vous) : le sens ici aussi est propre et figuré car on pense au sens moral et l’issue fatale –mort d’Hippolyte tué par un monstre marin à cause de Phèdre –suicide de Phèdre.
  • Cette tirade est capitale : - elle permet de passer à l’aveu à découvert (… « je t’aime ») bonheur de Phèdre, mais ce bonheur est factice puisqu’il repose sur nous ressentons plus que l’horreur, de la pitié face à cette « transe » amoureuse qui a lieu face à un « amoureux transi » ! amoureux d’une autre ! On a Yseut sans Christian ! Tendre mais cruel Racine !
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