Gargantua (chap. 20)

L'éducation scolastique :

Le chapitre XX suit l'ordre chronologique d'une journée-type.

  • Lever entre 8 et 9 heures, ce qui peut nous sembler fort raisonnable, et est appuyé par un psaume de David ! En réalité, à une époque où l'on ne pouvait guère prolonger la journée au-delà de la tombée de la nuit (les chandelles coûtaient cher !), cela représentait une perte de temps.
  • Une toilette limitée à sa plus simple expression : dans les chapitres précédents, Rabelais a déjà mentionné la saleté des Sorbonnards ; l'absence d'hygiène choquait le médecin, alors en avance sur son temps. Les théologiens avaient tendance à considérer que les soins d'hygiène étaient une attention excessive accordée au corps, donc un péché.
  • Un petit déjeuner très copieux, même en tenant compte qu'il s'agit d'un géant : le régime des Sorbonnards est marqué par la goinfrerie et l'ivrognerie.
  • La religion : purement formaliste, où la quantité (25 messes, des kyrielles de chapelets, un tas de patenôtres) remplace la qualité, où la foi authentique n'entre pour rien. Par exemple, après le repas, il "grignote d'un transon de grâce" c'est à dire "mâchonne une bribe d'actions de grâces" (p. F 177 D 229).
  • Les occupations quotidiennes : le jeu y occupe la plus grande place, et Rabelais nous offre ici une de ces listes, immenses et fantaisistes, qu'il affectionne : il en énumère 143, dont la plupart sont réels ! Démesure de l'expression, prolifération du langage, immensité de l'érudition...
  • La sieste, précédée et suivie de boisson ;
  • la part de l'enseignement est quasiment nulle : après la messe, "il étudiait une méchante demie-heure [...] mais son âme était à la cuisine" ; après la sieste  "il commençait à étudier un peu, et en avant pour d'autres patenôtres" (p. F 185 D 235).

Les caractéristiques d'une telle éducation, évidemment caricaturale, sont les suivantes :

  • A la fois un profond mépris du corps, et une obsession de ses désirs : absence d'hygiène, d'exercice physique (à peine un peu de chasse, occupation favorite des Nobles...), mais véritable obsession du boire et du manger ; trop de sommeil, et même débauche : "ils allaient voir les garces des environs..."
  • Une absence quasi totale d'apprentissage : aussi bien pratique qu'intellectuel. Gargantua continue de se comporter comme un sauvageon.
  • Aucun esprit critique ; aucune réflexion. La religion est réduite à une pratique mécanique.
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